Par le trou ou se trouvait le balcon couvert, tu vois le faux acacia qui a été abattu se relever lentement. C'est un signe évident que tu vas devoir prendre ta vie au sérieux a partir de maintenant.
Tu attrapes un oreiller que tu fourres dans ton dos, redressant ta tête de sorte à ce que le sang de ton cerveau retourne au coeur, permettant à tes pensées de s'éclaircir un peu. Ta mère te relevait comme ça de temps à autre.
Les matins d'argents sont toujours pleins de nouvelles résolutions. Mais aujourd'hui c'est le premier jour du nouveau millénaire, de sorte que l'aube en est plus pleine que jamais.
Bien que les gelées hivernales ne soient pas encore arrivées, la légère brise qui souffle sur ton visage te semble très froide.
Une odeur d'urine demeure encore dans la pièce. Elle suinte de tes pores quand le soleil tombe sur ta peau.
Tu regardes au-dehors. L'air matinal ne s'élève pas au sol comme hier. Il tombe du ciel sur la cime des arbres puis descend lentement à travers les feuilles, frôlant la lettre tachée de sang prise dans les branches, absorbant l'humidité à mesure qu'il tombe.
Avant l'arrivée du moineau, tu avais presque cessé de penser au vol. Puis, l'hiver dernier, il s'est élevé dans le ciel et a atterri devant toi, ou sur l'appui de ta fenêtre. Tu savais que les fenêtres crasseuses étaient pleines de fourmis mortes et de poussière, et sentaient aussi mauvais que les rideaux, mais le moineau ne fut pas dégoûté. Il sauta à l'intérieur du balcon couvert et ébouriffa ses plumes, diffusant une douce odeur d'écorce dans l'air. Puis, il pénétra dans ta chambre, atterrit sur ta poitrine et s'y posa comme un oeuf froid.
Ton sang se réchauffe. Les muscles de tes orbites frémissent. Tes yeux vont bientôt s'emplir de larmes. De la salive goutte sur le voile de ton palais au fond de ta bouche. Un reflexe est déclanché, et le palais s'élève, obstruant les voies nasales et permettant à la salive de couler dans ton larynx. Les muscles de ton oesophage, qui sont restés inactifs pendant tant d'années, se contractent, projetant la salive dans ton estomac. Un signal bioéléctrique jaillit comme une étincelle des neuronnes de ton cortex moteur et descend la moelle épinière jusqu'à un muscle au bout de ton doigt.
Tu ne seras plus obligé de compter sur tes souvenirs pour passer la journée. Ceci n'est pas un bref éclair de vie avant la mort. Ceci est un nouveau commencement.